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TENTATIONS ET TACHES DE FEMMES

EN TÊTE 2

 

En ouverture de "La mainmorte du Comte de Mirabeau" publié en 1981 par mon ami Julien Blaine, dans une collection titrée "Unfinitude" que dirigeait Angeline Neveu, j'ai cru écrire une préface. Je dis : je crois l'avoir écrite; je n'en suis plus sûr. Est-ce grave le moins du monde pour qui que ce soit ? Le temps se jouant de nous, on lui doit bien de rire de lui…Autant que faire se puisse ! Voilà en tous cas ce que j'aurais pu écrire :

Les livres appartiennent au regard... Livre à celui qui lit. Livre à celui qui trouve. Ainsi, un soir, dans une petite rue (Véron) du XVIIIème arrondissement de Paris où traînent plus d'une ombre douteuse - celles qui doutent, je tombais sur un tas de vieux papiers d'où émergea un volume sans couverture, aux bonnes vieilles ficelles, aux pages rongées. Je l'emportais pensant "J'en ferai quelque chose. " Il me suivit de déménagement en déménagement.

Récemment, par iconoclastie ou par jeu (ou bien encore ?), je commençais à griffonner au crayon sur le texte. Ce qui se passa : laissant courir mes yeux sur la page dans une disposition d'esprit proche de ce que l'on appelle l'attention flottante, j'isolais tel mot, telle locution, tel membre de phrase et m'arrangeais pour les faire se rejoindre. Cut-up ? Plutôt un détournement, un fauchage, une dissolution: paroles trouvées "flottantes", comme le bois est parfois acheminé par flottage. Plus loin, le griffonnage initial se fit rayure, transformation du texte par élimination non pas tant d'un trop-plein que d'un trop annexe (à quoi ? A un non-dit ?). Comment ? Vous barrez, annulez le texte d'un autre ? Qui plus est, "historique", imprimé sur un support "historique !"

Oui, d'une part je voulais montrer que le redécoupage d'une matière écrite pouvait refaire (autre) sens, et nous rejoindre peut-être mieux encore maintenant; d'autre part, poussé par je ne sais quel instinct, j'avais décidé d'ajouter aux jeux du temps, dans tous ses états, ceux, évidemment arbitraires d'un opérateur humain. La main s'ajoutait à la pluie pour faire autre chose de quelque chose. Expérience possible qu'une fois : il arriva des "ratés", telle page ne "donnant rien" (?). Expérience discutable, complètement, c'est entendu une fois pour toutes.

Depuis le début, le livre - livre de qui ? - avait eu une vocation littéraire et plastique, les pages barrées,             les lignes élaguées de Mirabeau n'étaient pas dissociables de "mon " texte puisque celui-ci en émergeait. Nouvelle figure, figure risquée. Les livres appartiennent aussi aux livres. Quant aux figures elles ne sont jamais loin,             sans doute, d'appartenir au regard.

Deux décennies plus tard, la même aventure a repris corps; avec un nouveau livre bien sûr, aussi improbable que le premier, usé, traîné de lieu en lieu : "Tentations et Tâches de Femmes", sous-titré : "Trois conférences aux Femmes du Monde" et signé en 1922 par Monseigneur J. Tissier, évêque de Chalons. J'ai utilisé ici la même technique d'écriture et de détournement que pour les Lettres de Mirabeau aujourd'hui introuvable.

On comprendra que les Femmes du Monde de Mgr Tissier n'étant pas tout à fait les miennes, j'aimerais, parmi les propos de l'évêque, avoir découvert des secrets…un peu les siens, un peu les miens, sans doute les nôtres. Des secrets que je livre aujourd'hui, sans vergogne.                    

 

 

Eric SARNER